Maintenir « l’harmonie sociale », par Enric Olivé Serret | Conférence internationale sur la Paix, organisée par la Délégation permanente de Côte d’Ivoire auprès de l’UNESCO

0
154

Conférence internationale sur la Paix, organisée par la Délégation permanente de Côte d’Ivoire auprès de l’UNESCO

Maintenir « l’harmonie sociale »
Prof. Enric Olivé Serret Chaire UNESCO Dialogue Interculturel en Méditerranée, membre du Conseil Consultatif de la Fondation ACM

Tolérance et harmonie sociale
Tout d’abord, il faudrait qu’on réfléchisse sur ce que nous entendons par société harmonique et à sa relation avec la «tolérance». Au début du XXe siècle et en particulier dans des cercles du soi-disant “catholicisme social”, le terme “harmonie sociale” s’était imposée afin de trouver des solutions aux énormes conflits sociaux et du travail auxquels la société capitaliste du moment était confrontée. Il s’agissait de réduire les distances stratosphériques parmi les classes sociales et d’élargir les possibilités de promotion sociale. Le célèbre ascenseur social. En bref, la peur a forcé les classes aisées à chercher des solutions au “problème social” et à éloigner les classes populaires de l’anarchisme et du communisme. Cette harmonie sociale, par conséquent, ne cherchait pas la justice sociale, bien au contraire, c’était l’outil pour neutraliser les idées et les organisations qui remettaient en cause l’ordre social. Un siècle plus tard, le monde cherche avec angoisse une nouvelle harmonie sociale qui chasse la peur et la terreur. Maintenant, le danger n’est pas le déséquilibre des classes, mais le déséquilibre entre les nations et entre les continents. Et surtout comment vivre dans un monde pluriel, où les différentes religions et convictions spirituelles se sont installées partout sans limite. La reconnaissance de l’autre, dans toute son amplitude, est à la base de la tolérance. Une tolérance ambitieuse et généreuse, qui ne veut pas uniquement respecter les autres convictions, mais surtout apprendre. La tolérance enrichit et rend possible l’harmonie sociale si elle dépasse la simple reconnaissance, en signifiant une nouvelle proposition de relation humaine fondée sur la croissance harmonique des convictions opposées. Mais au XXIe siècle, la tolérance et l’harmonie sociale voyagent dans la même voiture que le refus de la spiritualité et l’éloge d’un laïcisme intolérant.

Laïcisme et spiritualité au 21ème siècle en Europe
Face au phénomène religieux, l’Europe et le monde occidental en général, ils se trouvent à un carrefour très complexe. D’une part, une société hautement laïque et laïciste, qui ignore – surtout parmi les jeunes – toute la culture et toutes les traditions religieuses. Par contre, les récentes vagues migratoires si bien que les deuxièmes et troisièmes générations de migrants, elles présentent un profil et une culture religieuse de grande intensité, mais qui ne sont pas toujours étayées par une connaissance approfondie de leur propre croyance religieuse. La conséquence de l’un et de l’autre phénomène est le choc individuel et collectif, soit sous forme d’ignorance par l’autre ; soit par l’affectation à des phénomènes radicaux inspirés, supposément, dans des traditions religieuses. Les systèmes juridiques, éducatifs et associatifs européens doivent faire face à cette nouvelle situation. Il faut, tout d’abord, connaître le niveau de connaissance de la culture religieuse, principalement parmi les trois groupes les plus touchés : les journalistes, les éducateurs et les jeunes. Historiquement, l’Union européenne est née dans le contexte de l’après-guerre mondiale et dans une société culturellement très homogène dans les années 1950. Après 65 ans, la composition culturelle et religieuse européenne est devenue beaucoup plus plurielle, mais aussi plus ignorante du phénomène religieux, et finalement beaucoup moins spirituelle. L’analyse de ce phénomène devrait nous amener à explorer et à proposer une nouvelle culture religieuse prenant en compte ces changements. Cette exploration doit permettre d’harmoniser la recherche d’une nouvelle spiritualité à travers, par exemple, la pratique de la pleine conscience ou d’autres techniques d’application de la neurologie ou de la psychologie clinique. Dans ce sens-là, il sera aussi nécessaire, la connaissance classique des cultures religieuses traditionnelles et de ses manifestations artistiques ou liturgiques, afin de promouvoir le respect de toutes les traditions spirituelles /mystiques qui favorisent la recherche entre les élèves et leurs éducateurs, ainsi que les professionnels des médias, et de la culture de la paix. La première génération de citoyens européens provenant des anciennes colonies faisait un grand choix afin que ses membres furent reconnus en tant que citoyens de première classe. Cette génération devait enterrer une grande partie de leurs convictions et de leurs pratiques religieuses et culturelles. Mais les deuxièmes et troisièmes générations ont vu qu’a la pratique, ces démissions ne leur ont conférées le même niveau de citoyenneté, l’égalité n’est pas pour eux. En plus, l’absence de leur propre culture religieuse les rend incapables de trouver leur propre chemin spirituel.
Ces jeunes Européens, désorientés et illettrés dans leurs propres traditions, sont la cible parfaite pour les prédicateurs sans scrupules qui souhaitent les utiliser pour leur déformée idée de djihad.

Un exemple : les attentats de Barcelone et de Cambrils en août 2017
Analysons maintenant un cas spécifique dans le cadre de ce phénomène que nous décrivons maintenant. Les attaques perpétrées il y a un an à Barcelone et à Cambrils, en Catalogne, ont été commises par de jeunes Catalans d’origine maghrébine. Regardonsnous son profil : des jeunes formés à l’école publique, parfaitement intégrés dans leur milieu semi rural. Ce n’est pas une banlieue urbaine, mais des petites villes au cœur de la Catalogne. De bons élèves, de bons gars, de bons citoyens. Mais, en quelques mois, ils disparaissent de leur milieu social et se radicalisent, tout en supposant que le djihad consiste en tuer sans discrimination leurs concitoyens. Qu’est-ce que c’est que s’est-il passé en si peu de temps par la tête de ces bons jeunes catalans ? La réponse est très complexe. D’un côté on pourrait parler de la figure qui radicalise, dans ce cas-ci, un imam qui été à la fois confident des services secrets espagnols et de qui la police de la catalogne n’a pas été alerté de son activité. Dans ce sens, on se réfère toujours au control de la sécurité et au control policière. De cette façon, la prévention de la radicalisation continue à être entendue comme une façon de rester attentif aux relations avec les autres, c’est à dire aux relations à l’extérieur de l’être humain, de la propre personne/victime. Mais le plus importante est de souligner que ces jeunes étaient faibles parce qu’ils n’avaient pas cultivé sa dimension spirituelle. Ils ont reçu une éducation qui programme dès l’extérieur où la dimension intérieure de la personne ne se contemple pas. De cette façon, dans une situation de vulnérabilité, ces jeunes sont reprogrammés à nouveau. Et c’est dans ces casci, où il y a un choc entre deux cultures, la propre et celle de leurs parents, où ils se sentent perdus et ont besoin de cultiver c’est intériorité. La promesse du recruteur est claire : reconstituer la perte de valeurs religieuses que la famille, l’école et la société leur ont refusée, et surtout leur donner à la vie un sens qui va plus loin du matériel et du terrenal. Bien sûr, il s’agissait de fausses valeurs religieuses, mais que sous la direction d’un fou deviennent un danger terrible. Le résultat : dizaines de morts et blessés innocents, presque tous les jeunes radicalisés et l’imam morts aussi, et une société frappée et effrayée. Une société qui se demande encore aujourd’hui, comment s’arrive au terrorisme depuis un village harmonieux de la Catalogne.

Quelques propositions pour l’école et pour l’administration
Comme indiqué dans mon discours, à mon avis, l’outil indispensable pour la base d’une société tolérante et en harmonie sociale passe par cultiver la dimension spirituelle de l’être humain. Et ce sont les communautés éducatives (centres d’éducation, familles et élèves) qui ont la responsabilité de le faire possible, avec le soutien et la guidance des gouvernements et des administrations publiques. Renforcer l’individu dès l’intérieur renforcera la société dans sa globalité. Pendant les derniers années, l’Europe a nié toute expression religieuse/spirituel a faveur de la modernité, laissant orphelin, de cette manière, l’individu. Nos jeunes et nos enfants sont principalement éduqués à l’ignorance d’une partie de leur personnalité en tant qu’individus. On se réfère si bien à une culture religieuse concrète ainsi qu’a une véritable dimension spirituelle. Nos sociétés doivent assumer que si on veut faire forts nos jeunes, c’est indispensable miser pour cultiver cette dimension spirituelle. C’est le véritable antidote pour empêcher les faux prophètes d’attraper leurs cœurs et leurs cerveaux. Rappelons-nous que dans les années soixante du vingtième siècle, les jeunes à la recherche d’une vie spirituelle se sont consacrés à mains de gourous et faux maîtres sans scrupules, qui leur menaient souvent vers le désespoir, les drogues et le suicide. Aujourd’hui, ces idéaux se sont transformés en terribles et mal entendues djihads. Uniquement, un retour à la dimension spirituelle de l’être humain et une bonne formation intégrale qui traite également la culture des religions permettra aux jeunes la propre connaissance au même temps que la connaissance de l’autre, en leur permettant se reconnaître légitime socialement et reconnaître aussi légitimes ses concitoyens. Cet c’est le meilleur vaccin contre la haine et la terreur.

Paris, septembre 2018 

Lire PDF