Intervention du président de la FACM, Vicent Garcés à la Biennale Habitat World: “Face à l’urgence méditerranéenne, nous devons pratiquer la résistance citoyenne”

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BIENNALE HABITAT 2020-2022 – third webinar “HUMAN VALUES AND HUMAN THINKING IN THE MEDITERRANEAN”

1H16,3 – 1H28,5 Intervention du président de la FACM, Vicent Garcés :

Merci aux organisateurs pour leur invitation, je vous remercie également de m’offrir l’opportunité de m’exprimer en espagnol, ce qui est une preuve de la richesse linguistique et culturelle de la méditerranée. La FACM est une organisation non gouvernementale, qui comme son nom l’indique est constitué de citoyens et citoyennes à titre personnel. C’est une fondation avec une personnalité constituée à Valencia en Espagne, qui est articulée en réseau à travers 29 cercles citoyens présents dans 20 pays de la Méditerranée. C’est un réseau citoyen qui a 10 ans d’existence et qui a développé, au cours de son histoire, une capacité à fournir une parole directe aux citoyens, et qui a construit un immense réseau de collaboration avec des institutions publiques de tout type dans l’aire méditerranéenne. La FACM peut être définie comme un réseau de dialogue, de proposition et d’action citoyenne, configurée autour de valeurs et de principes universels, des valeurs de liberté et de paix, la démocratie le respect des Droits Humains, la tolérance, la reconnaissance de la diversité et la volonté de résoudre les conflits pacifiquement. Notre fondation en tant qu’organisation citoyenne se développe dans un contexte qui est le berceau de trois religions monothéistes, de grandes découvertes scientifiques et techniques au long de l’histoire, dans une mer que Paul Balta (aujourd’hui malheureusement décédé) décrivait comme le berceau de l’avenir. Cela signifie que la Méditerranée possède un présent et un passé. La Méditerranée et les peuples qui cohabitent sur ses côtes au Nord, au Sud et à l’Est, ont eu des siècles de relations, des relations de tous types, culturel, commercial. Ce sont des peuples qui ont construit leur histoire parfois avec la parole, parfois avec l’épée, parfois avec la collaboration et la coopération et parfois à travers la guerre.

Derrière notre présent, nous avons donc toute une histoire qu’a décrit le professeur Abulafia, un contexte qui requiert une grande capacité d’observation de son développement. La Méditerranée est actuellement remplie de conflits. Si des Printemps Arabes est née l’espérance d’un avenir pour les peuples, 10 ans après ces espérances ont été soit frustrées soit les situations ont empiré. Nous avons des guerres dans les deux rives, nous avons une Union Européenne qui n’arrive pas à définir ses politiques à propos de ces réalités méditerranéennes. Le processus de Barcelone et l’Union pour la Méditerranée n’ont pas atteint leurs objectifs. L’UpM bien qu’étant toujours en développement, n’arrive pas à dégager un espace commun dans lequel l’intégration des pays méditerranéens avance d’un pas décidé. Nous avons des puissances étrangères, des puissances extérieures à la méditerranée, parmi lesquelles certaines étaient présentes au cours du XXe siècle, des puissances plus anciennes, des puissances coloniales lors du XIXe siècle. Mais aujourd’hui au XXIe siècle, les anciennes et les puissances émergentes sont toutes présentes dans la Méditerranée, elles configurent des espaces de confrontation autour d’intérêts qui ne concernent pas exclusivement ceux des peuples méditerranéens, mais plutôt des intérêts globaux. Ces puissances bataillent dans notre mer. Nous avons donc un contexte difficile, complexe.

Pour toutes ces raisons nous pourrions dire que la méditerranée est en crise. En crise environnementale, qui dérive des changements climatiques, mais aussi de la pollution extrême de la mer Méditerranée. Une crise climatique qui accentue les difficultés d’accès à l’eau et les dangers de la désertification, emmenant avec elles les vagues d’immigration. Une crise socio-économique, avec des inégalités croissantes entre les pays du Nord et les pays du Sud et au sein de ces pays. Ces crises sont actuellement accentuées par la pandémie. Cette pandémie est arrivée sans prévenir et augmente tous les problèmes que nous connaissions dans la mer méditerranée. Face à ces situations accumulées et cette phrase “de crise méditerranéenne”, les citoyens et les citoyennes de la Méditerranée doivent affronter une double pression, la pression des conflits existants, la pression du développement de tensions et d’intérêts de tous types qui les affectent négativement et face à la difficulté d’avancer de manière sereine et tranquille afin de créer les conditions du progrès. En tant que fondation des citoyens et citoyennes de la méditerranée, nous mettons en avant la mise en place de la diplomatie citoyenne, en d’autres termes nous exprimons la volonté d’aller vers des points d’intégration des peuples de la méditerranée vers une communauté englobant les peuples de cet ensemble.

Mais nous observons d’énormes difficultés pour obtenir ces avancées, pour cela nous affirmons que face à la situation de crise que nous sommes en train de vivre, les citoyens sont obligés d’adopter une posture de résistance face à la crise méditerranéenne. Nous devons pratiquer la résistance citoyenne. Une résistance citoyenne articulée autour de valeurs et de principes, d’objectifs que nous avons définis. Une résistance citoyenne afin de ne pas abandonner et accepter des situations comme la crise des flux migratoires et celles des réfugiés, et surtout la transformation de la mer méditerranée en un cimetière. Face à de tels faits, nous devons appliquer la résistance, la volonté de résister. Dans ces moments, c’est le message que nous voulons porter en tant que Fondation des citoyens et citoyennes de la méditerranée. Il est évident que nous avons à l’horizon, la nécessité, l’obligation, de créer des synergies, de chercher des alliés, de rendre les alliances possibles, et ce World Habitat doit sans aucun doute constituer un axe pour ces futures alliances.

Je conclus en affirmant que certains pense que la Méditerranée ou que l’Union Européenne, ont leur futur en Afrique, et que par conséquent, il faut orienter toute l’action extérieure de l’UE vers l’Afrique comme si c’était un futur inexorable. On évoque un axe vertical, un axe UE-Afrique. Nous pensons que cet axe vertical n’est pas suffisant, qu’il faut maintenir un axe horizontal. L’Axe horizontal permet de ne pas fracturer l’Orient et l’Occident de la Méditerranée, rendre possible la construction de ponts entre l’Est et l’Ouest. Faire l’axe horizontal. Car la Méditerranée est au croisement des axes horizontaux et verticaux, et dans ce croisement nous nous retrouvons, les méditerranéens. C’est ce croisement qu’il faut renforcer avec la perspective de construire une communauté des peuples de la méditerranéenne.

Merci beaucoup.