“Una gran parte del Mediterráneo está permanentemente siendo devorada por conflictos violentos”

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FACM, Esma Kucukalic 19.12.2017

Entrevista con Claudine Rulleau, escritora y periodista que ha dedicado, junto con Paul Balta, varias obras al mundo árabe, y al Mediterráneo. Rulleau es miembro de honor de la Fundación ACM.

“Tengo la impresión de que los esfuerzos realizados, por ejemplo, por la ONU, en el Mediterráneo son totalmente inoperantes, quiero decir, en Libia, Siria, Irak, Palestina e Israel, todo el sur del Mediterráneo, no todo el sur, sino una gran parte del sur del Mediterráneo: un lugar tan extraordinario, tan maravilloso, y una tiene la impresión de que está permanentemente siendo devorado por los conflictos, conflictos violentos. Vous avez travaillé tout au long de votre carrière sur la situation de la femme, de la femme en Méditerranée, de la femme intellectuelle et aujourd’hui, on dirait que la femme est toujours la grande victime de toutes les tensions.

La femme continue à être victime de toutes les tensions. Pourtant, il se passe une chose très curieuse qui, à mon avis, n’est pas suffisamment relevée : c’est que, si on prend les statistiques de tous les pays où elles sont à peu près fiables, la population carcérale est masculine à plus de 90% (92-94% selon le pays). Apparemment, les hommes ne se posent pas beaucoup de questions à ce sujet. Il y a un déséquilibre ahurissant : on monte d’ailleurs parfois en épingle la violence féminine mais on entend rarement les hommes s’interroger sur leur propre violence.

Avec l’explosion des printemps arabes, les femmes ont pris un rôle de leader dans beaucoup de ces manifestations et revendications, mais avec le temps il y a eu une dégénérescence, une augmentation de la violence envers les femmes, êtes-vous d’accord avec ça ?

Vous parlez des pays arabes ? On l’a dit, en particulier pour l’Egypte, mais je ne veux pas me prononcer, parce qu’honnêtement, je n’ai pas vraiment les données. Mais il est certain que, de toute façon, dans tous les cas de conflit, ce sont « les femmes et les enfants d’abord ». Il y a une question que je me pose de plus en plus et à laquelle je ne trouve pas de réponse : depuis l’Âge de pierre, l’espèce humaine a fait des   progrès techniques, industriels, médicaux, scientifiques, dans tous les domaines…, mais j’ai l’impression que sur le plan moral et, en particulier, sur le plan de la réaction violente, il n’y a eu aucun progrès.

Je m’explique : à l’Âge de pierre, tu disais à ton voisin :  « Tu m’as volé mon argent, tu m’as regardé de travers, tu as voulu prendre ma place de l’autre côté du fleuve, tu as pris mon bout de terrain. Je te tape sur la figure avec un bâton et une pierre. » Et j’ai l’impression que le réflexe, malgré l’ONU et un certain nombre d’institutions qui œuvrent dans le bons sens, est toujours le même. Simplement avec le progrès scientifique, médical, on a progressé aussi sur le plan de l’armement, on est passé du bâton et de la pierre au tir à l’arc, au boulet de canon et aux armes nucléaires. Personnellement, je trouve, la situation générale et la situation méditerranéenne assez terrifiantes.

J’ai l’impression que les efforts qui sont faits, par exemple, par l’ONU, en Méditerranée, sont tout à fait inopérants, je veux dire, en Libye, en Syrie, en Iraq, en Palestine et en Israël, tout le sud de la Méditerranée ; pas tout le sud, mais une grande partie du sud de la Méditerranée : un endroit tellement extraordinaire, tellement merveilleux et on a l’impression qu’il est rongé en permanence par des conflits, des conflits violents. L’immigration ?

Ce n’est pas quelque chose qu’on efface par des discours :  tant que les humains meurent de faim ou ont peur des combats ou sont pris dans des combats qui les dépassent, ils partent. L’humanité migre depuis des siècles.

Vous avez écrit des livres avec Paul Balta, vous êtes tous les deux des références sur le thème méditerranéen ; donc, vous avez su voir des années auparavant qu’une période convulsive allez arriver en Méditerranée.

Je ne sais pas si on l’a vu, en tout cas on l’a pas espéré.  On a essayé toujours de travailler justement pour que ça ne se produise pas. Je dois dire que parfois j’ai tenté, parce que j’ai encore essayé ces jours derniers, de regrouper, de compter finalement toutes les associations euro-méditerranéennes, l’Institut pour la Méditerranée, etc, etc. et le nombre de tentatives, quelquefois, où l’on s’est découragé. Et puis, il faut quand même continuer. C’est pour ça que, par exemple, avec la Fondation des Citoyens et Citoyennes de la Méditerranée, il faut essayer encore une fois, il faut continuer à se battre, pacifiquement bien sûr, pour que ça s’arrange.

Finalement, je voulais vous demander, d’une union d’intellectuels méditerranéens  jusqu’à la Fondation qui regroupe des citoyens de la Méditerranée, que vous semblerait l’idée de faire alliance des deux?

Il y a déjà eu, depuis longtemps,  de nombreuses tentatives, des historiens de la Méditerranée, en Italie, avec Salvatore Bono, aux libraires ou aux écrivains de la Méditerranée, enfin, on pourrait reprendre la liste ; il y a eu pas mal de tentatives, politiques aussi : l’Union pour la Méditerranée en France, il y a l’IEMed à Barcelone, et beaucoup de groupes d’intellectuels ou d’universitaires. Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre. La Fondation ACM est le reflet de ce constat et de cette Alliance.

Que pensez-vous de la remise en valeur de l’héritage culturel et historique méditerranéen ?

C’est le rôle de l’éducation, de l’école, du lycée, de l’université et aussi des grands médias dont la télévision. Une fois par mois une grande émission sur la Méditerranée ne serait pas mal. Il faudrait qu’une institution comme la Copeam[1] puisse mettre tout le monde d’accord pour promouvoir des émissions systématiques sur l’histoire, la culture méditerranéenne, les peintres, les chanteurs, les musiciens, les écrivains… Un travail énorme. C’est aussi le rôle des ministères de la Culture et, enfin, de la volonté politique. Si une Fondation comme celle des Citoyens et Citoyennes de la Méditerranée peut y contribuer, ce n’est déjà pas mal.

[1] Conférence Permanente de l’Audiovisuel Méditerranéen.

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